Depuis quelques années, les petites caméras embarquées, appelées dashcams, se multiplient sur les pare-brises des automobilistes français. Popularisées dans les pays nordiques ou en Russie, elles séduisent désormais les conducteurs européens pour leur capacité à filmer chaque trajet.
Mais cette technologie est-elle vraiment utile pour votre sécurité ou s’agit-il d’un gadget de plus ? Faisons le point sur ses atouts, ses limites et son cadre légal en France.

Qu’est-ce qu’une dashcam ?
Le mot dashcam vient de dashboard camera, autrement dit « caméra de tableau de bord ». Il s’agit d’un petit appareil vidéo fixé derrière le pare-brise, parfois sur la lunette arrière, qui enregistre en continu la route pendant la conduite. La majorité des modèles se déclenchent automatiquement à l’allumage du moteur et filment en boucle sur une carte mémoire.
Certaines dashcams enregistrent uniquement l’avant du véhicule, d’autres filment aussi l’arrière, l’habitacle ou les angles morts. Les modèles récents proposent même un mode parking qui s’active en cas de choc ou de mouvement autour du véhicule.
Pourquoi les conducteurs s’y intéressent ?
En France, les ventes de dashcams augmentent chaque année. Plusieurs raisons expliquent cet engouement : la recherche de sécurité, la volonté d’obtenir des preuves en cas d’accident et la curiosité technologique.
Pour beaucoup d’automobilistes, la dashcam joue le rôle d’un témoin impartial qui peut éviter bien des litiges. D’autres l’utilisent simplement pour immortaliser leurs trajets ou pour le plaisir de filmer la route.
Les avantages d’une dashcam pour la sécurité
1. Des preuves en cas d’accident
C’est la première motivation des utilisateurs. Les images enregistrées peuvent servir à déterminer les responsabilités en cas de collision ou d’incident sur la route. Les assureurs acceptent de plus en plus ces vidéos comme élément de preuve complémentaire, à condition qu’elles soient datées et authentiques.
Une vidéo claire peut ainsi éviter un long désaccord entre conducteurs, surtout lorsqu’il n’y a pas de témoin direct.
2. Une conduite plus prudente
Plusieurs études montrent qu’une dashcam influence positivement le comportement au volant. Le simple fait de savoir que l’on est filmé incite à adopter une conduite plus calme, à respecter les distances de sécurité et les limitations de vitesse.
Certains modèles proposent même des alertes de franchissement de ligne ou de distance trop courte, contribuant indirectement à la sécurité.
3. Protection contre le vandalisme ou les délits de fuite
En mode parking, certaines caméras se déclenchent au moindre choc ou mouvement. Cela peut aider à identifier un véhicule ayant abîmé le vôtre sur un stationnement, ou un individu malintentionné.
C’est aussi une tranquillité d’esprit : vous savez que votre voiture reste “surveillée” même à l’arrêt.
4. Une aide pour contester une infraction
Sans être un substitut à un témoin humain, une dashcam peut parfois aider à appuyer une contestation d’amende, notamment lorsqu’une infraction est constatée à tort. Cependant, la vidéo doit clairement prouver votre bonne foi et être présentée dans le respect de la loi sur la vie privée.

Les limites et inconvénients
1. Une protection pas toujours reconnue légalement
En France, la dashcam est autorisée, mais son utilisation reste encadrée. Les enregistrements ne peuvent pas être diffusés publiquement sans autorisation des personnes filmées.
En cas de litige, la décision d’accepter la vidéo comme preuve revient au juge ou à l’assureur. Les images doivent être claires, datées et non modifiées pour être prises en compte.
2. Des problèmes de confidentialité
Filmer en continu la route implique de capturer d’autres véhicules, parfois leurs plaques ou des passants. Ces images relèvent donc du droit à l’image et de la protection des données personnelles. La loi interdit de publier ou partager des vidéos sur Internet si des individus sont reconnaissables.
En revanche, pour un usage strictement personnel (assurance, sécurité), aucun enregistrement n’a besoin d’être déclaré à la CNIL.
3. Un coût et un encombrement supplémentaires
Les modèles les plus simples coûtent une cinquantaine d’euros, mais les dashcams de qualité avec double caméra, GPS et mode parking dépassent facilement les 150 €.
Il faut aussi tenir compte de l’installation (câbles d’alimentation, support ventouse ou adhésif) et de l’entretien. Une carte mémoire saturée ou une caméra mal orientée peut rendre les images inutilisables.
4. Risque de distraction
Comme tout appareil électronique, une dashcam peut détourner l’attention du conducteur si elle n’est pas correctement positionnée. L’écran ne doit jamais gêner la visibilité ni inciter à regarder les images en conduisant.
Certains modèles se pilotent via une application mobile ; mieux vaut alors effectuer les réglages à l’arrêt.
Le cadre légal en France
La dashcam n’est pas interdite sur les routes françaises, mais son usage doit respecter certaines règles simples :
- Elle ne doit pas gêner la visibilité du conducteur.
- Elle ne doit pas être utilisée pour filmer ou diffuser des personnes à leur insu.
- Les vidéos peuvent être utilisées comme preuve uniquement devant un tribunal ou une assurance, sur demande.
- Les forces de l’ordre peuvent consulter les images en cas d’enquête, mais le conducteur reste libre de refuser leur diffusion publique.
Les images ne sont pas considérées comme une surveillance systématique ; la dashcam ne relève donc pas de la réglementation sur les caméras de sécurité, mais elle reste soumise au respect de la vie privée.
Quelle dashcam choisir ?
Le choix dépend de l’usage : simple témoin d’accident, surveillance en stationnement, ou outil d’analyse de conduite. Un bon modèle doit offrir :
- une résolution Full HD (1080p) ou supérieure ;
- un grand angle (au moins 140°) ;
- une bonne sensibilité nocturne ;
- un système d’enregistrement en boucle ;
- éventuellement un GPS pour géolocaliser les vidéos.
Les modèles double caméra (avant + arrière) ou dotés d’un mode parking sont recommandés pour ceux qui stationnent souvent en ville.
Avant l’achat, vérifiez aussi la compatibilité avec votre véhicule et la facilité d’installation (prise allume-cigare ou alimentation cachée).
L’impact sur l’assurance automobile
Certaines compagnies d’assurance françaises commencent à encourager l’usage de la dashcam. Bien qu’aucune réduction systématique ne soit prévue, elle peut faciliter le traitement d’un sinistre.
Une vidéo claire permet à l’assureur d’évaluer plus rapidement les responsabilités, ce qui réduit parfois les délais d’indemnisation.
En revanche, l’assureur n’a pas le droit d’exiger la remise des vidéos sans votre accord : vous restez propriétaire des images.
Les dashcams et la sécurité routière : que disent les experts ?
Les organismes de prévention routière reconnaissent que la dashcam a un effet dissuasif sur les comportements à risque.
Certains conducteurs, conscients d’être filmés, roulent plus prudemment. D’autres y voient un moyen d’améliorer leurs trajets en observant leurs propres erreurs.
Cependant, les experts rappellent qu’elle ne remplace ni la vigilance, ni la responsabilité individuelle. Elle n’empêche pas l’accident, mais aide à mieux en comprendre les causes.
Ce que la dashcam ne fait pas
Une dashcam ne sert ni à verbaliser les autres usagers, ni à se transformer en “justicier de la route”. Filmer un excès de vitesse d’un autre conducteur ne permet pas de le dénoncer légalement ; seule la police dispose de ce pouvoir.
Elle ne protège pas non plus contre les accidents : elle ne freine pas, ne corrige pas la trajectoire, ne remplace aucun système d’aide à la conduite. C’est un outil complémentaire, pas une solution miracle.

Vers une généralisation en Europe ?
Dans certains pays, comme le Royaume-Uni ou la Russie, plus d’un véhicule sur deux est équipé d’une dashcam. En France, la tendance s’accélère mais reste modérée : environ 8 % des voitures en sont équipées en 2025.
L’Union européenne réfléchit à encadrer leur usage, notamment pour favoriser les preuves vidéo lors des litiges transfrontaliers. Il est donc probable que leur statut devienne plus clair dans les années à venir.
En résumé : utile, mais pas indispensable
La dashcam est un outil intéressant pour améliorer la sécurité et la transparence sur la route. Elle ne remplace pas la vigilance, mais elle peut faire la différence lors d’un sinistre.
Pour les conducteurs urbains, les professionnels ou les gros rouleurs, elle constitue un vrai plus. Pour d’autres, elle restera un gadget rassurant, sans être essentielle.
L’essentiel est de savoir pourquoi on l’utilise : si c’est pour se protéger, mieux comprendre ses trajets et éviter les litiges, alors la dashcam a toute sa place à bord.
